Comme une envie de Lozère

5 octobre Reportages

« Allô Loïc ? C’est Laurence, du covoiturage, Rémi vient de m’appeler pour me dire qu’il n’y a plus de train entre Nîmes et Mende, tu vois avec lui ? »

« Allô Laetitia ? C’est Isabelle. Je suis avec Sarah et Fred à Nîmes et on est coincé car ils viennent d’annuler notre train » …

Voici donc un séjour qui démarre sur les chapeaux de roues !

Qu’à cela ne tienne : un coup de fil pour prévenir Willy et voici qu’il nous apprend qu’il est justement à Alès, où les 4 malheureux sont sensés changer de bus. Deux coups de fils plus tard et tout le monde est dans le camion, ouf !

Bien sûr, cela ne s’arrête pas là : ce coup-ci c’est le train de Paul qui est arrivé avec 2h de retard à la Souterraine et ses covoitureurs, François et Pierre-Adrien, auront le même retard au camp de base.

Pour finir cette soirée mouvementée, Mainon choisit de se rendre à Saint Étienne par ses propres moyens et n’est pas motivé du tout à l’idée de monter dans le camion. Heureusement, ce n’est pas le Sainté de la Loire, et trois personnes en plus de Willy sauront lui faire entendre raison. Faut dire aussi que les nouvelles vont vite et qu’il était persuadé, lui aussi, que les séjours ne pourraient avoir lieu !

Bref, premier repas passé 19h30, et … ce n’était que le premier figurez-vous ! C’est l’occasion tout de même de prendre le temps de parler du protocole Covid mis en place : c’est contraignant, oui, mais indispensable au maintien des séjours. Prise de température, lavage des mains fréquents, gel hydroalcoolique, vaisselle individuelle, multiplication des kits toilettes et des abris individuels, graines distribuées pas une seule personne, etc. … L’occasion aussi de se dire que certains réflexes seront à garder, personne n’est à l’abri de la tourista, le reste du temps !
Claire se charge de la mission graines et température chaque matin au lever. Béa veillera à l’installation des kits toilettes à tous les repas et sur les lieux d’hébergement. Christiane insistera bien sur le lavage des mains pour chaque personne à qui elle déléguera la confection de ses repas.

Dimanche matin, journée de mise en jambe.

Willy nous aimante sur le camion le profil du séjour. C’est la Lozère, c’est beau, ça monte un peu, ça roule pas trop, mais comme le groupe semble parti sur les chapeaux de roue, personne ne se penche réellement sur la carte, son échelle, son relief. Si on avait su …

Mainon choisit de prendre un peu d’avance, en voyant arriver le camion vers lui. Le premier bâtage se fera donc à 600m du camp et il restera seul un petit moment, contre « l’arbre à réfléchir ». Faudrait pas qu’il prenne l’habitude de ces cavalcades, non mais ho !

Le fond de vallée nous fait déjà constater que nous faisons probablement partie de ceux qui n’ont pas suivi avec assiduité tous les programmes sportifs diffusés durant 3 mois. La pente pente est douce, ressenti 45%. Ça promet.

Une pause graines s’impose, le sachet prévu pour la journée y passe. Ça promet de nouveau.
Heureusement, il ne reste que 3 épingles à cheveux puis ce sera le replat menant au pique-nique. Ahah ! Méfiez-vous du Puydômois adopté par les Lozériens ! 2H30 plus tard on cherche encore la fin de la pente, merci Willy !

Le reste du séjour sera à l’image de cette journée de mise en jambes : des promesses, des promesses … Oui, la Lozère est belle. Alors on la savoure de 10 à 14h puis de 15 à 19h.

Il y fait beau, chaud, et l’équipe l’est tout autant.

Parlons de ce fameux Willy.

Arrivé il y a peu dans l’association, il y a sauté à pieds joints : présent lors du sommet auvergnat des 30 ans en 2018 (le Puy Mary, encore gravé dans les mémoires, les mollets et les biceps), il se régale en compagnie des joëlettes.
Il a suivi le sentier classique demandé aux futurs accompagnateurs montagne HCE : accompagnant actif, intendant, AEM sur des séjours déjà existants puis … La Lozère était son premier séjour monté par ses soins.
Il fallait donc bien tester tout ça grandeur nature ! Histoire de se calibrer pour l’avenir.

Pas de doute, Willy est donc bien un AEM HCE : « Allez, encore 10mn » … « Maintenant, ce n’est plus très loin » … « On dort entre les deux sucs juste là : la petite crête à passer puis on verra le hameau (loin, là-bas, tout au fond ...) » …
Sachez-le : cet AEM a bien compris qu’on multipliait en moyenne par 3 le temps de rando avec des joëlettes mais il semble se tromper de référence … Il ne faut pas regarder le chrono de tes repérages VTT m’sieur !

Autant vous dire qu’on a usé nos semelles et que le temps de l’embonpoint confinement s’éloigne à grands pas.

Mais qu’à cela ne tienne ! L’équipe est dynamique et enjouée, elle gardera son humour par monts et vallées. En passant par les épingles à cheveux, les chaos granitiques et leS MontS Lozère. Enfin … Juste en dessous quoi : tenter un sommet à 17h30 c’est pas hyper raisonnable, la troupe fait grève.
Et Mainon, fort chargé, décide de coucher LA ! Pas plus loin. OK, on décale le bivouac alors.
Heureusement, il a fait moins chaud aujourd’hui mais la fatigue se fait sentir tout de même.

Petit spectacle de la Troupe de Bernay (François, Paul et PA), sortie du bivouac version allégée, test des tarps et sur-sacs (3 gouttes de pluie nous inquiètent pour rien) et nous savourons de nouveau un repos bien mérité. Tant pis pour le Mont Finiels, nous y reviendrons plus tard. Le chemin de Stevenson y passe, le séjour HCE de l’an prochain aussi, une fois remanié ;-)

Le lendemain, nous repartons d’un bon pas : nous sommes mercredi et nous avons renoncé à arriver à 17h un jour. La première partie est bien roulante et la troupe s’étire. Comme souvent au lendemain d’un bivouac, on randonne en chantant et les corps sont déliés. Mainon, Isabelle et Fredo se laissent distancer : sans joëlette il est beaucoup plus difficile de suivre le rythme et il devient important de se regrouper souvent pour une pause et un bilan de l’état des troupes.

Peu avant l’arrivée (« 10 minutes » …) Willy et Pierre-Adrien nous quittent pour aller chercher le camion et finaliser le transfert vers le camp de base. Nous reprenons le sentier après une pause et surprise ! Cela attaque par un coup de c _ l pas roulant du tout ! Il faut attacher Mainon pour que son meneur puisse aider, car nous sommes maintenant peu nombreux.

Et ce n’était que le début ! Bienvenus en Lozère, ses pentes, son sable granitique qui fait glisser et ses blocs tout aussi granitiques qui poncent les tibias et chauffent les muscles !
La descente est technique et si Marie et Virginie sont très fières de leurs progrès à l’arrière (et il y a de quoi !), cette dernière finit tout de même à genoux dans une rivière, poussant un cri entendu bien plus haut, et ensanglantée. Le soir, nous ferons en sorte qu’elle puisse marcher le reste du séjour : huile magique du Kra pour les contusions et hématomes, miel pour la désinfection, et quelques pensées positives …

Mais en attendant, une pause s’impose : nous partageons ce qui nous reste de graines, faux moka, 1/4 de barres de céréales et faisons un bilan. Continuer à descendre ainsi ? Le faire 2 joëlettes par 2 joëlettes ? Fredo est passé devant avec Polo mais Isabelle est cuite : nous lui proposons de remonter la chercher ensuite.
Le fait d’avoir cette conversation sereine, posée et responsable remobilise les cerveaux. Le sucre fait remonter la barre d’énergie et 4 joëlettes reprennent la descente.
Laetitia et Mainon font de même … durant 10 m ! Impossible de passer entre le rocher et le muret, il manque 20 cm. Mainon, bonne pâte, essaie en douceur tout de même mais en vain.
« Fabienne ! Tu peux venir ? Il faut débâter Mainon ! » Elle n’est pas super à l’aise avec ce grand dadais mais lui sait qu’on essaie de lui rendre service et ne bouge pas une oreille. Heureusement : tout est en grosse pente et s’il se décale de 15-20 cm c’est la gamelle assurée dans les buissons pour Fabi ou Laeti.

Les joëlettes dévalent la pente, tout en concentration et finesse de pilotage. Mainon y va plus prudemment mais il affectionne ces sentiers techniques et ne butte aucun arbre, bloc ou muret, pilotant ses sacoches au centimètre près. Il est aussi fin et délicat pour ne pas se briser une patte entre deux pierres.

Nous débouchons ENFIN dans un village, le Pont de Montvert. Un trio remonte aussi vite à la rencontre d’Isabelle et Fabienne tandis que les autres plient d’office les joëlettes : qu’importe si ce n’est pas le lieu de rdv, nous n’en bougerons pas :-D
Willy nous retrouve et nous chargeons les véhicules ainsi que Mainon. Puis descendons au bar : il est nécessaire de prendre le temps, même si cela signifie une arrivée à 20h ce coup-ci.

Le Pont de Montvert nous enchante et c’est autour d’un verre que nous expliquons au chef la journée de demain : grasse matinée, transfert direct au gîte du soir, et éventuellement balade aux alentours, puis « grasse soirée » (molki, saboteur, tarot, chants, …).

Quelques négociations plus tard la décision est prise : grasse mat’, transfert un peu plus long que prévu, pique-nique aux sources du Tarn et rando tranquille l’après-midi pour rejoindre le site.

Bien sûr, entre le parking où nous retrouvent Patou et Christian et les sources du Tarn, c’est roulant avec quelques détails …

Repas à 13h45, on progresse.

Mais en effet, nous arrivons tôt au gîte et c’est génial de prendre douches, bains, apéro, de jouer au molki, de discuter, etc. …

Lors du repas, Laurence nous gratifie d’un beau spectacle : compilation de toutes ses séances de kiné pour travailler souplesse et équilibre, quel suspense, quelle tension dans le public !

La soirée jeu débute ensuite et c’est vers minuit (mais par choix, ça change ! ) que chacun se couche. Rémi trouve l’occasion d’échanger avec les autres, et nous découvrons un jeune engagé (scoutisme, Woofing, HCE sans connaître personne) et joueur (il décrit ses cartes à Isabelle et tous deux font preuve d’une belle mauvaise foi parfois).

Notons une belle performance de Mainon au cours du début de soirée : vexé de l’erreur de casting (nous avons tenté de le faire dormir avec des ânes, faut le faire ! ) il a réussi à nous obliger à le changer de pré. Les mauvaises langues (ou ceux qui le connaissent bien) se diront bien sûr qu’il est parti en cavale (avouez ! ). Et bien non ! Il a simplement fait en sorte que ce soient les ânes qui se barrent, lui restant gentiment dans le parc :-D
Gentiment, c’est un bien grand terme : si jamais nous n’avions pas compris le message il a passé sa soirée appuyé fortement contre la porte, histoire de bien montrer qu’à force elle cédera.

Résultat ? Les ânes de retour dans ce petit parc et notre mascotte dans un immense pré avec belle rivière au milieu. Tout ça sans se faire courir après, sans donner un coup de dents ni de sabot. Ça promet hein ?

Bref, le lendemain c’est vendredi. Bien sûr, malgré les 692 kms parcourus en 5 jours, nous avons déjà un goût de trop peu.
Aujourd’hui, c’est une journée tranquille, avec de nouveau un magnifique paysage : c’est fou ce que la Lozère peut être variée. Des gorges chaotiques aux causses, de la forêt au maquis, des pistes aux blocs, du plat replat aux pentes qui dégringolent, tout est à portée de main. Sans parler de la superbe architecture locale et des bêtes qui peuplent ces landes et prés.


Au programme du jour ce sera piste forestière, champs peu roulants car bourrés de carex et autres joncs, barbelés à démonter (pour la finesse et la délicatesse, je demande Béa), puis sentier mono trace dans une plaine verdoyante sur laquelle serpente une joli rivière.

La pause de midi voit Mainon se venger de son meneur costaud : à force de le monter physiquement dans le camion au lieu d’user de persuasion, l’affreux est suffisamment vexé d’être ainsi dominé et se venge. Les négociations (et toutes les cordes de joëlettes en place pour éviter une cavalcade) restent le meilleur moyen pour inciter l’animal à grimper, qu’on se le dise ! Vous auriez envie, vous, de monter dans une boite de conserve sans savoir pendant combien de temps durera le trajet ?
Un coup de dent au passage et l’affaire est réglée. Il est temps de changer de duo et Laetitia y retourne avec plaisir. Béa avait aussi prévu de retourner le voir, et avec Pierre-Adrien, Polo, Pako, Loïc, Didier, il a eu des tas de copains. C’est une belle preuve qu’il a grandi, au point qu’il faut maintenant établir une liste d’attente pour le retrouver, qui l’eut cru ?
Même Sarah, passagère joëlette, insiste pour le guider.

Chouette, cette après-midi ça se corse un peu : le Tarn déambule entre les blocs, se scinde, est plus ou moins profond, et c’est l’occasion pour le groupe de tester ses progrès. Des pas de 1m pour une non voyante, ce n’est pas simple. Et ce coup-ci, un loupé et c’est une vraie chute. Isabelle et Fred s’en sortent haut la main. Tout comme Laurent qui aura pu marcher chaque jour dès que la chaleur le laissait tranquille.

Quant à Mainon, il est un peu inquiet : il adore les zones techniques mais il hésite entre patienter sagement et défendre son troupeau contre les vaches qui viennent voir cette drôle d’équipe. Ne sachant quoi choisir il appelle, tourne et bien qu’attaché nous comprenons qu’il est temps de le faire passer devant pour sortir plus vite du parc.
Un relais avec Willy lors d’une traversée, un passage de bloc pour son guide tandis que Mainon passe dans l’eau : c’est plus fluide quand on discute avec la bête.

La fin de journée nous voit revenir au camp de base, chez la belle-sœur de Willy.
Le camp étant déjà en place, il suffit de remonter les abris défaits par le vent. Repas de rois, nous en sortons repus. Perrine, la compagne de notre AEM préféré, nous confie au fil de la discussion qu’elle ne randonne plus avec lui : figurez-vous qu’il l’a emmenée à 1h du matin au sommet du Mont Finiels ! Nous éclatons tous de rire au souvenir de notre grève et lui racontons l’affaire. Un peu frustrés tout de même car si nous avions su que c’était un trait de caractère nous n’aurions pas espéré 4 jours que cela se calme.
Dorénavant, NOUS SAVONS. Et vous aussi. Willy n’a pas le même espace-temps que nous, et c’est ainsi.

Une fois ces infos données, une quarantaine s’annonce de nouveau. Pas de panique ! C’est Laetitia qui est de 1980 et dont l’anniversaire est dans quelques heures. Le fêter en si bonne compagnie, quoi de mieux ? D’autant que Jacky est présent aussi : c’est ce copain d’athlé qui l’a emmenée à HCE, et elle y est restée depuis.
Charles se rue sur le gâteau, indiquant par là qu’il va mieux. Espoir de courte durée car de nouveau il a mal au ventre. Il sera de nouveau couché tôt malgré les soins donnés au cours de la semaine. Pas facile de jauger un état de santé malgré quelques trucs et astuces, une incitation à boire, des pruneaux et autres prises de températures régulières imposées par Claire …

Le tour de table est émouvant. Chacun vient chercher cette semaine de convivialité, de simplicité. Chacun laisse ses soucis chez lui, son quotidien parfois compliqué. Chacun était également parfaitement conscient que les séjours ont failli être annulés et tous ont savouré d’autant plus ces moments.

Le séjour se termine en chansons : nous avons écumé les carnets de chants du camion jusqu’à 1h du matin. Cela fait du bien de se poser et de se faire plaisir, entre amis, à la belle, en sachant qu’on se quitte sous peu.

Espérons qu’il en sera de même pour tous ces fabuleux séjours.
Croisons très fort les doigts pour que notre saison puisse aller à son terme : tronquée en début (5 séjours annulés), la Corse reste en péril, accrochée aux décisions gouvernementales qui pourraient être prises à la fin des vacances scolaires ...

Quelques petits retours sur le séjour :

« "la vie c’est comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber"
la différence, ce n’est pas sur quoi, mais sur qui on va tomber, et comme pour les chocolats il y a des marques "valeurs sûres", on ne tombe que sur de belles personnes, toutes différentes et attachantes...vous. »

« C’était bien de s’échapper une semaine avec vous. »

« C’était vraiment très fort de vivre cette semaine ensemble. »

« Devoir prendre la décision d’annuler ou non les séjours en étant membre du CA, je ne le conseille à personne. Mais savoir à quel point nous sommes passés proches de cette décision m’a fait savourer 10 000 fois plus le bonheur d’être ici, et de passer ce cap des 40 ans avec vous tous. »

"En moi vous resterez."

Enfin, une grosse pensée pour Jean-François, responsable de l’antenne Grand Est, qui envisageait ce séjour mais qui n’en aura pas eu la possibilité. Tu étais dans l’esprit de tous ceux qui te connaissaient Jean-François et nous espérons que tu as pu savourer ces instants toi aussi.