Beaufortain – du 17 au 24 août 2019

Rubrique: Reportages 30 août 2019

Un séjour dans le Beaufortain : beaucoup de pluie, beaucoup de soleil, beaucoup de vaches, beaucoup de sensations, beaucoup de Beaufort !...un beau séjour !

Je m’appelle Marguerite, je suis une vache de race Tarine et je pâture tout l’été avec mes copines, Tarines comme moi ou des Abondances dans les alpages au dessus de Beaufort-sur-Doron au niveau du refuge du plan de la Lai. Il se situe à 1 822 m d’altitude entre le lac de Roselend et le Cormet de Roselend. Je vais vous raconter ce que j’ai vu pendant une semaine : un groupe de randonneurs atypiques qui est venu s’installer dans nos alpages à côté de la rivière où je vais boire…

Ces randonneurs arrivent au fur et à mesure samedi après-midi. Il y a d’abord un camion et un animal à quatre pattes en est sorti : un mulet ! Il est beau et costaud… ils l’ont bien chargé certains jours ! Certains l’appellent Mainon, d’autres Léon.

Vers 19 h, tout le groupe est arrivé, ils sont une vingtaine. Certains viennent de loin et ont même pris l’avion ! Chacun se présente en partageant un bon repas préparé par Myriam et Alix. Elles leur ont mijoté de délicieux petits plats toute la semaine.

Jean-Paul, leur guide qui s’adapte à toutes les conditions avec son chapeau remarquable présente le déroulement de la semaine.

Afin de profiter du soleil le dimanche avant l’arrivée annoncée de la pluie les jours suivants, il leur explique qu’ils partent dès le lendemain matin pour un bivouac. Après le dîner, je les ai vus à la nuit tombée aller laver leurs auges dans la rivière, ils l’ont fait toute la semaine… ils sont drôles ces humains !
Au petit matin du dimanche, ils se préparent pour partir en bivouac.

Ils chargent de gros sacs sur leur dos, et plein de sacs sur celui de Mainon… Ils partent avec de drôles d’engins, ils appellent ça des joëlettes. Thierry, Sylvain, Bruno et Sylvie sont dessus. Henri les accompagne en marchant, et il s’occupera aussi de Mainon ! Ils sont entourés par plusieurs accompagnateurs aux joëlettes : Claire, Karine, Meijun, Laurence, Nathalie et Rose venue en renfort le mercredi, Antoine et Antoine, Christophe, François, Gilles, Jean-Claude, Lucas, Olivier et Simon.
Ils partent d’abord par la route puis empruntent un chemin de terre. Je les ai vus s’éloigner dans la montagne en passant à travers les pâturages là où il n’y a plus de chemin.

Ils mettent du temps pour passer, ça grimpe, ils avancent doucement et se relayent pour faire avancer chaque joëlette ! Ce qui s’est passé après, ce sont mes autres copines les vaches qui sont venues me le raconter parce que moi, je ne les voyais plus, ils étaient trop loin…

Après avoir atteint le Cormet de Roselend, ils pique-niquent un peu plus loin au bord d’une rivière qui coule à travers la Combe de la Neuva.

Et puis ils empruntent un sentier bien chaotique. Il y a des pierres partout et ça monte. Ils peinent bien ! Ils se relayent dans les passages difficiles. Après quelques traversées de rivières, ils s’arrêtent en fin de journée sur un replat. Il y a une source pas loin et une vue magnifique sur la vallée. Il parait qu’ils ne sont plus dans le Beaufortain mais en Tarentaise. Ils installent une grande bâche pour dormir dessous en cas de pluie. Mais à quoi bon aller sous la bâche, ils préfèrent admirer les étoiles !

En pleine nuit, à l’arrivée des premières gouttes, ils sont tous réveillés et se rapatrient vite sous la grande bâche, en occupant le moindre espace libre pour se mettre à l’abri de l’orage. Les nuages s’éloignent et ils peuvent se rendormir… avant d’être de nouveau réveillés par un orage au petit matin. Un coup de tonnerre assourdissant sonne le réveil ! Le lever est particulièrement humide : de petites rivières apparaissent par endroit sous la bâche bivouac… Le petit déjeuner est sommaire afin de redescendre dans la vallée le plus vite possible. Après avoir rangé tout le matériel, les voilà repartis empruntant le même chemin que la veille en sens inverse.

Les passages de rivière s’avèrent cependant beaucoup plus aquatiques que la veille avec toute l’eau qui descend de la montagne…
Je les vois arriver au campement aux alentours de midi, et ils se mettent juste à l’abri sous la tente marabout avant une nouvelle averse. Ils fêtent l’anniversaire de Meijun avec gâteau et bougies !

Après le pique-nique et une sieste bien méritée, le soleil revient ce qui permet de faire sécher leurs affaires. Vers 16h, ils reprennent les joëlettes et viennent me voir. C’est l’heure de la traite.

Ils apprennent plein de choses passionnantes sur la vie dans ces montagnes et sur la fabrication du Beaufort. 400 litres de lait sont nécessaires pour fabriquer une meule de Beaufort qui pèse 40 kg. Le lait produit est collecté et amené à la coopérative de Beaufort, matin et soir.
Le lendemain, mardi, il pleut. La nuit fut humide pour beaucoup, notamment dans le marabout… Je les observe descendre dans la vallée en voiture. Ils vont visiter la coopérative de fromage à Beaufort-sur-Doron et bien sûr, déguster ce si bon fromage.

L’après-midi, il pleut encore... Ils vont se réchauffer dans le gîte d’à côté, au Chalet du Berger. Ils passent l’après-midi à jouer au coin du feu avec une boisson chaude : les parties de cartes, de petits cochons, de Perudo s’enchaînent.

Ils dégustent même du Beaufort de 3 ans d’âge conservé dans la cave du gîte… Quel accueil chaleureux !

Le mercredi, ils se réveillent au sec, la pluie s’est enfin arrêtée.

La journée s’annonce ardue avec une bonne montée avant le passage de la crête des Gites pour atteindre le refuge de la Croix du Bonhomme. Je les vois monter au col de la Sauce par la piste puis s’engager sur les crêtes. Certains ne sont pas à l’aise sur ce sentier spectaculaire et aérien… C’est la journée sensations !

Tout le monde passe et le pique-nique au pied du refuge est réconfortant ainsi que la sieste !

L’après-midi s’avère calme au refuge avec douche chaude pour tout le monde et préparation pour le lendemain du cevichocho, salade équatorienne à base de lupins.

La grande question est la suivante : épluche-t-on les lupins ? C’est indispensable pour certains… Mais il y en a tellement… Après un quart d’heure d’efforts et de concentration pour éplucher ces petites graines, Myriam prend la - sage - décision de les mettre telles quelles dans la salade qui fut délicieuse ainsi !

Le lendemain, jeudi, le levé est matinal pour monter à la Tête Nord des Fours, sommet de la semaine à 2 756 m, avant de repasser les crêtes. Jean-Paul annonce une montée plutôt roulante, à 80%... Un passage de dalles impressionnantes est nécessaire pour atteindre le sommet.

Malgré les nuages, la vue est spectaculaire au sommet, situé à 15 km à vol d’oiseau du Mont Blanc.

Ils entament la descente et repassent au refuge pour bâter Mainon avant de repasser les Crêtes. Ouf, c’est fait ! La descente se fait au soleil après un pique-nique mérité. Pour l’ambiance, lors du dîner, Antoine s’occupe de faire un petit feu… avec le crottin de Mainon…
Le vendredi, dernier jour de randonnée, Jean-Paul se lève aux aurores pour affiner ses repérages. Il est de retour pour le petit déjeuner. Aujourd’hui, ils laissent Mainon se reposer. Je les vois effectuer un transfert véhicule pour se rendre au col du Pré, de l’autre côté du lac de Roselend. A la montée, la vue sur le lac de Roselend et le Mont Blanc en arrière plan est magique. Ils partent à l’assaut de nouvelles crêtes qui les mènent à un nouveau sommet, la Roche Pastire... Un petit passage hors sentier, court mais pentu, met un peu de piment dans cette ascension.

Le pique-nique au soleil est fort agréable avant d’attaquer la descente par un sentier ludique. Et puis, après cette très belle randonnée, ils reviennent aux voitures. Il faut replier les joëlettes, regagner le campement et préparer le dîner.
Je les observe bien lors du dernier dîner, ils parlent chacun leur tour pour dire ce qu’ils ont vécu de beau pendant cette semaine. Certains en ont les larmes aux yeux… Ils se régalent une dernière fois avec un tiramisu collectif aux couleurs d’HCE… et partagent un dernier petit verre avant d’aller dormir.

Le samedi matin, ça sent le départ. Ils rangent tout de manière efficace. Mainon monte dans le camion et les voilà repartis chacun dans leur contrée.

J’ai passé une belle semaine avec ce groupe ! Il parait qu’ils vont se recroiser à l’AG ou sur un prochain séjour. Moi, de ma montagne beaufortaise, je n’ai pas trop compris ce que ça voulait dire…

Partager

Autres articles dans cette rubrique