Séjour Beaufortain 2020

5 octobre Reportages

Recette(s) pour un séjour réussi.
On entend souvent parler des séjours HCE et de leur ambiance particulière. Les anciens disent parfois que « la mayonnaise HCE a bien pris ». Qu’est-ce que c’est que cette tambouille ? Essayons d’y voir plus clair dans cette drôle de cuisine.

Pour le cru 2020 du séjour Beaufortain, le rendez-vous était fixé le samedi 25 juillet à 17h au Plan de la Lai, juste en dessous du Cormet de Roselend. En réalité, quelques trains retardés plus tard et par le jeu des correspondances, le temps de récupérer Rachel notre passagère à Grenoble, c’est plutôt vers 19h que nous arrivons au rendez-vous.

Comme pour la plupart des séjours HCE, c’est une équipe très variée. Si la plupart des participants viennent d’Auvergne et de Rhône Alpes, il y a aussi Isabelle C. qui vient de Nantes, Rachel, Hugo et Nathalie S. qui viennent de Lorraine, Yves et Lise de Draguignan, Samuel du Gard. Les âges vont de 20 à 72 ans ; certains connaissent les séjours HCE, mais pour Anne-Fleur, Caroline et Luc ce sera une découverte.
Le tout encadré par Jean-Paul et nourri par Anne-Marie (secondée par Guy) !

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Toute l’équipe est déjà là et s’affaire à finir de monter le camp et préparer le repas du soir.Mais ce soir en fait de recette mitonnée, c’est plutôt un scénario de type cauchemar en cuisine ! En effet le camion contenant tout le matériel a été retardé et, comble de malchance, un des deux réchauds a cassé pendant le transport. Il n’y a donc qu’un seul feu pour tout préparer.

Bref il faut beaucoup de temps pour tout préparer. La nuit tombe et surprise malgré la météo caniculaire en vallée, au bord du ruisseau il fait carrément froid ! Et dire que plus bas on paierait pour avoir la clim !

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Avec cette ambiance frisquette les présentations sont un peu écourtées, la vaisselle du soir laissée au lendemain et on se réfugie dans le duvet vers 23h30.

Dimanche : journée d’initiation et de prise en main de la joëlette.

Après la vaisselle à l’eau fraîche dans le torrent et le petit déjeuner, Jean-Paul nous explique le maniement de la joëlette. On forme les premiers équipages, et c’est parti pour notre première randonnée au-dessus du lac de Roselend. C’est aussi l’occasion de faire connaissance avec notre compagnon à quatre pattes : « Mainon », le mulet chargé du portage du pique-nique. Et justement lui côté pique-nique il n’a pas à s’en faire. Les alpages sont couverts d’herbe grasse à perte de vue avec même quelques délicieux chardons.

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On débute la randonnée par une large piste jusqu’au sommet de la « Petit Berge ». C’est l’occasion de la « pause graines » améliorée de quelques « scones ».

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La piste se transforme ensuite en un sentier qui demande plus d’attention au pilotage des joëlettes. Il y a des descentes et des remontées parfois un peu raides. On en profite pour interpeller les nombreux randonneurs rencontrés, et certains nous donnent un sérieux coup de main. Ces nouvelles recrues sont d’ailleurs les bienvenues car notre objectif : « Grande Berge » est une grosse bosse en herbe qu’il faut gravir via un court sentier « drêt dans l’pentu ». Mais la vue sur le lac de Roselend est à la mesure de l’effort : magnifique !

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Après le pique-nique, on « patarde » un peu au sommet (du verbe « partarder ». Citation : Quand est-ce qu’on repart Jean-Paul ? oh, on va patarder).

Pour éviter les montagnes russes de l’aller on emprunte un petit sentier à flanc qui rejoint la Petite Berge. Le terrain est plus régulier, mais aussi bien plus… boueux ! Après plusieurs passages de la sorte, on comprend tout à coup mieux pourquoi l’herbe des alpages est si verte.

La fin de la descente par la piste est vite expédiée, et c’est le retour à notre camp de base. Les plus courageux vont se laver au torrent avant le repas du soir.

C’est l’anniversaire de notre intendante Anne-Marie, et pour fêter ça elle nous sort de sa glacière magique (rafraîchie à l’eau du torrent) une charlotte à l’ananas !!

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Lundi : cette fois les choses sérieuses commencent.

Il faut préparer les sacs (et le bât de Mainon) pour la montée au bivouac.
Jean-Paul est allé repérer le départ via les alpages ; mais la zone est occupée par un troupeau avec de multiples clôtures, ce sera plus simple de passer par la route. Mainon en profite pour faire le début de la montée en camion !

Du Cormet une large piste bien horizontale nous emmène dans la Combe de la Neuva. A force de patarder on arrive à l’extrémité de la piste vers midi. Un large replat herbeux face au Mont-Blanc nous tend les bras pour le pique-nique. Le temps est au beau fixe mais la chaleur est écrasante, qu’à cela ne tienne, une bâche et les 4 joëlettes comme piliers nous feront un coin d’ombre pour le repas.

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Après le pique-nique les choses se corsent nettement : le sentier au-dessus de la prise d’eau est raide, caillouteux et entre-coupé de ruisseaux qu’il faut franchir à gué. Bains de pieds garantis ! Sur ce terrain il faut constamment être cinq personnes à la joëlette pour espérer avancer. On monte donc les joëlettes deux par deux. Heureusement, une fois de plus, des randonneurs rencontrés sur le chemin viennent à notre rescousse.

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La montée continue laborieusement jusque vers 2200 m. Un petit vallon, un replat avec vue sur le sommet du Mont-Blanc, c’est le lieu du bivouac. On retrouve même les pierres utilisées l’an passée pour monter la bâche bivouac. De l’autre côté du vallon une marmotte siffle pour nous narguer, mais elle reste bien cachée dans son trou.

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Anne-Marie a fort à faire pour rassasier toute la troupe, et il faut ensuite préparer le pique-nique pour le lendemain ! Elle peut compter heureusement sur de nombreux aides. Ce qui donne une discussion épique au sujet d’un paquet de lentilles et de quinoa.

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Pour la nuit certains se glissent sous la bâche bivouac, mais d’autres dont Rachel et Isabelle C. préfèrent l’option belle étoile.

Mardi : redescente du bivouac et visite de l’alpage de l’Arpire.

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La nuit a été calme et nous nous réveillons avant l’arrivée des premiers randonneurs sur le sentier. Ce matin « il suffit » de redescendre la Combe de la Neuva. C’est plus facile à la descente qu’à la montée mais les cailloux et les ruisseaux n’ont pas disparu pendant la nuit ; la descente est bien technique jusqu’à la prise d’eau. Puis de nouveau nous suivons la large piste qui nous ramène au Cormet de Roselend.

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On partarde un moment au col avant de repartir, direction la piste qui monte à l’alpage de l’Arpire. Pause pique-nique près d’un ruisseau. Le ciel est menaçant et quelques gouttes de pluie nous font sortir les vestes imperméables juste au moment de la pause. Mais finalement le ciel se dégage à nouveau pendant le repas.
On repart ensuite pour un kilomètre jusqu’à la station de traite installée en plein champ au milieu de l’alpage. C’est l’heure de la traite et le paysan nous laisse approcher pour assister à l’opération. Gare aux bouses fraîches !

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On déguste le lait frais avant de repartir pour la fin de la descente. De retour au camp il fait une chaleur lourde.

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Jean-Paul nous annonce l’arrivée de renfort, Christophe et Dominique, venus de la Loire, pour les deux jours suivants.

Le ciel reste menaçant mais on tente quand même de dîner dehors. Évidement à peine la salade entamée, la pluie se met à tomber. Repli un peu en désordre sous le marabout. Forcément la pluie cesse quelques minutes plus tard ! Mais l’ambiance sous la tente est au beau fixe.

Mercredi : Crête des Gittes et montée au refuge de la Croix du Bonhomme.

Le départ est tranquille, directement du camp : d’abord un petit bout de route pour s’échauffer, puis une large piste dans les alpages, progressivement plus raide au fur et à mesure que l’on s’élève.

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Une « pause graines » nous permet de remplir nos gourdes au bassin du chalet de Bel Air (merci au berger !).

Puis la montée reprend sans difficulté jusqu’au col de la Sauce. Là encore des randonneurs (belges !) nous donnent un coup de main. Ils connaissent la joëlette, via une association qui fait de la course à pied en Belgique, mais n’imaginaient pas en voir en montagne !

Pique-nique au col. Mainon profite de la pause pour tenter de se faire la belle discrètement, mais le gourmand est vite ramené par Lise qui l’appâte avec un petit sac d’avoine.

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C’est après le repas que les choses se corsent. La crête des Gittes est bien effilée, avec quelques passages raides et des lacets bien serrés. Heureusement le sentier lui-même est très bon et le cheminement plus spectaculaire que difficile, surtout avec notre équipe renforcée.

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Sur la crête on a l’impression de rouler en plein ciel. Magique !

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Arrivés au point culminant, de petits replats permettent une pause contemplative.
Il ne reste ensuite qu’une petite descente (avec quand même quelques lacets qui demandent de l’attention) et une courte remontée pour arriver au refuge.

Le trajet est vite expédié et nous arrivons au refuge sous le regard interloqué de nombreux randonneurs. Eh, oui il y a du monde, car nous sommes sur l’itinéraire du fameux Tour du Mont-Blanc.

Sur la crête au-dessus du refuge un groupe de bouquetins parade.

Dans le refuge le masque est obligatoire pour se déplacer (COVID oblige) mais on nous attribué un grand dortoir rien que pour nous et réservé trois grandes tables dans la salle commune.

Pour le repas du soir (riz et sauce aux lentilles, façon Dal Baht népalais) l’ambiance est survoltée. Ça doit être à cause de l’altitude (plus de 2500 m quand même), ou alors le soulagement d’avoir gravi la crête des Gittes, à moins que ce ne soient les pichets de vin rouge (cuvée « par Hélicoptère », moins chère que la cuvée « à dos de mule », vu les tarifs de l’héliportage on s’interroge sur les honoraires de la mule).

Après le repas, Hugo profite de la douche chaude, son rire résonne dans tout le bâtiment.

Pour clore la soirée sur une note plus calme, les bouquetins nous offrent un spectacle d’ombres chinoise dans le crépuscule.

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Jeudi

La météo annonce des orages pour l’après-midi et les troupes sont un peu entamées par l’enchaînement bivouac + montée au refuge. Jean-Paul décide de jouer la sécurité et renonce à monter à la Tête Nord des Fours. On se contentera de monter au-dessus du refuge pour tenter d’approcher les bouquetins avant d’entamer la redescente.

Après un petit déjeuner en terrasse, on part donc à la recherche des bouquetins. Mais après une cinquantaine de mètres de dénivelée, il faut se rendre à l’évidence, les quadrupèdes ont décidé d’aller brouter bien plus haut… et ils sont bien plus rapides que nous !

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Il ne sert à rien de continuer. Après une pause pour contempler la vue (on patarde un peu), on retourne au refuge récupérer nos affaires et en route pour la crête des Gittes. C’est plus facile à la descente, mais il faut quand même rester concentrés sur le pilotage des joëlettes.

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La descente s’enchaîne efficacement et bientôt nous voilà de nouveau au col de la Sauce. C’est la pause dans l’herbe. Pour tous ? Non, la dernière joëlette tarde à arriver. Elle est arrêtée dans la traversée juste avant les derniers lacets. Une panne mécanique ? Un coup d’œil aux jumelles révèle un attroupement mais à côté de la joëlette. On remonte voir quatre à quatre. C’est Véro, qui était à l’avant de la joëlette, qui a trébuché et s’est bien ouvert le genou !

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Il faudra l’évacuer, d’abord avec une joëlette, puis en 4x4, jusqu’aux urgences d’Albertville. Au final rien de très grave mais quand même trois points de suture… et une bonne suée, car dans la vallée il fait 38°C.

Toute la manip a pris du temps, il est quasiment 20h lorsque l’on remonte au camp avec Véro.

L’orage annoncé finit par arriver et se déchaîne pendant deux bonnes heures : déluge, grêle et vent secouent les tentes. Heureusement les marabouts sont solides. Plus solides que la tente de Nathalie qui se retrouve sens dessus dessous et que la tente WC qui manque de s’envoler.

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Finalement les tentes sont redressées et tout le monde peut se coucher à peu près au sec.

Vendredi : changement de programme.

Jean-Paul nous dégotte un « plan C comme canicule », qui permettra aussi à Véro qui clopine péniblement de nous rejoindre à midi.

On fait donc un petit transfert en véhicule en direction du barrage de Roselend avant de monter par une large piste jusqu’au col de Sur Frettes. La vue sur le lac est époustouflante, le ciel sans aucun nuage et l’eau du lac couleur émeraude. Une vraie carte postale.

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Arrivés au col, la piste se transforme en un petit sentier ombragé pour une agréable descente vers un autre lac, celui de la Gittaz. Ensuite il ne reste plus qu’à remonter le vallon dans les pairies le long du torrent pour rejoindre l’emplacement de la pause de midi. Le terminus de la route est juste de l’autre côté du torrent, ce qui permet à Anne-Marie et Véro de nous rejoindre en véhicule… avec le pique-nique !

Après les émotions de la veille, l’après midi de farniente au bord du torrent est bien appréciée par ce temps caniculaire : sieste, baignade, baptêmes (arrosés) de joëlette, les activités ne manquent pas.

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Après une dernière traversée de torrent à gué, on replie les joëlettes. Une petite manip de voitures nous ramène sans effort jusqu’au campement du Plan de la Lai.
La grande affaire du soir, c’est la préparation d’une mousse au chocolat, avec de l’huile de coude et le ruisseau en guise de frigo. Deux équipes se lancent dans la compétition. Résultat, ex-aequo : délicieux !

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A l’heure du bilan, tout le monde est satisfait de son séjour. Les nouveaux ont bien assuré et certains sont près à rempiler !

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Samedi : dernière péripétie avant la séparation de la troupe.

Au milieu de la nuit, Jocelyne et prise de très violentes douleurs au ventre. Branle-bas de combat, pas facile de faire venir une ambulance quand il n’y a quasiment pas de réseau ! Jocelyne sera finalement évacuée aux urgences au petit matin. Elle a été opérée le lendemain. Rien à voir avec HCE, mais il lui faudra quand même une dizaine de jours pour être de nouveau sur pied.

Une dernière recette en guise de conclusion :

Pour un séjour HCE réussi (quantité pour 20 personnes) :

Rassemblez des ingrédients de qualité avec :

  • Une équipe diverse, sympathique et motivée,
  • Une organisation à toute épreuve, désormais bien rodée,
  • Un parcours épicé,
  • Une météo relevée,
  • Pas mal d’huile de coude et une pincée de système D.

Mélangez le tout, laissez mijoter une petite semaine et dégustez à volonté !