Handi Cap Evasion

La Grotte pour Tous et les Gorges de l’Ardèche

Rubrique: L’association 11 avril 2015

Organisée en partenariat étroit entre l’Association des Paralysés de France (APF) d’Ardèche et Handi Cap Evasion, cette 4ème édition de "la Grotte pour Tous et les Gorges de l’Ardèche" s’est déroulée les 28 et 29 mars derniers. Ce rassemblement a permis à plus de 200 accompagnateurs et 60 personnes en situation de handicap, venus de toute la France, de profiter pleinement de sites devenus accessibles le temps d’un week-end ensoleillé.

Frédérique, une passagère joëlette venue d’Auvergne, apporte son témoignage.

- GENIAL, GENIAL !
- Je vous assure, cher ami, que vous avez dit « génial ».
- Moi j’ai dit « génial » ? C’est parce que c’était GENIAL.
- Quoi donc, cher ami ?
- Le week-end en Ardèche à l’aven d’Orgnac…avec HCE, bien sûr !
- Avec HCE ? Racontez, cher ami, racontez. D’abord, vous imaginez une nuit dans un camping en Ardèche où les tentes, tels des champignons multicolores viennent pousser dans un sous bois de chênes verts.

Puis les éclats de rires et éclats de lumières des mains courantes des fauteuils roulants qui se dirigent vers une salle où les accueillent plusieurs bénévoles sympas autour d’un bon repas, avant d’aller dormir afin de se concocter des forces pour le lendemain.

Puis, le jour arrivé, tout ce beau monde se retrouve autour d’un petit dèj’ et si la matinée est très fraîche, l’ambiance, elle, est déjà très chaude !

On se retrouve accompagnés de valides et de Benoît, professionnel du kayak pour une micro descente d’un segment d’Ardèche, et si ce ne sont pas de violents rapides qu’a choisis maître Benoît pour ses débutants, les sensations sont là et le soleil aussi : Jérôme peut en témoigner ; lui qui est revenu rouge comme un homard à la nage !

Le pique-nique de midi rassemble tous les participants du kayak mais aussi ceux de la rando en joëlette ou des balades en kraft.

L’après-midi : on permute ! Ceux qui n’ont pas fait de kraft ou de rando le matin remplacent les autres et ainsi tout le monde a sa part de sensations tandis que des retraités d’Orgnac se sont portés bénévoles pour nous faire des crêpes farcies de gentillesse (c’est très bon la confiture de gentillesse : on en mangerait tous les jours si l’on pouvait !)

Le soir, le soleil ardéchois a déjà transformé plusieurs d’entre nous en lumignons et la soirée concoctée par la Mairie d’Orgnac ne va pas contribuer à pâlir les couleurs ! Autour d’un bon repas roboratif (cuisses de canard confites, pommes sautées et tartes aux pommes) les corps se délassent et la musique les pousse à s’agiter sur la piste de danse. Et ce ne sont pas les valides les plus déchaînés, n’est-ce pas Aurélie ?

Le réveil du lendemain est difficile car pendant la nuit, une heure nous a filé entre les doigts avec le changement d’heure estival. Tant pis, nous allons gaillardement (avec l’œil en berne pour certains que je ne nommerai pas !) prendre le petit dèj’ et faire une toilette de chat avant de nous rendre joyeux et confiants à la grotte de l’aven d’Orgnac où une équipe de pros de la spéléo nous attend afin de nous équiper à l’attraction du jour : LA DESCENTE EN RAPPEL de l’aven d’Orgnac !

Permettez-moi d’adopter le « je » pour ce moment qui ne se vit que sur le mode individuel. Je ne savais pas ce qui m’attendait. Je savais que « ce serait bien », mais, dans l’ignorance du monde de la spéléo d’une part et enfermée (trop souvent) dans le monde solitaire de l’handicap d’autre part, je n’avais aucune idée de l’expérience que j’allais vivre. C’est donc avec l’innocence de l’ignorance que je me suis laissée harnacher de tout un système de cordes et d’agrafes afin d’assurer ma sécurité. A aucun moment je n’ai eu peur ; c’est aussi notable qu’étrange car je suis sensible au vertige. Mais là, rien. J’étais avec des gens inconnus mais si familiers, si plein d’humour dans leur propos, aux gestes si prévenants et aux sourires si chaleureux à mon égard qu’il me semblait les connaître depuis toujours : ils étaient ma famille, aussi je me laissais aller, en confiance. Je me sentis « décoller » de ma chaise, prison familière, et m’envoler au-dessus de la bouche multi-millénaire de l’aven d’Orgnac.

Respectueusement, je saluais intérieurement ces monstrueuses mâchoires moussues tapissées d’une végétation perlée d’humidité. Mes yeux étaient ouverts dans une dimension de soucoupe et mes mains cramponnaient les cordes de mon harnachement. La descente se faisait tout doucement car ces coquins de spéléos savaient ce qu’ils faisaient et à quel choc ils nous préparaient ! La « bouche » s’ouvrit soudain sur l’immensité de la grotte : rien ne vous prépare à ça ! C’est comme un coup de poing dans l’estomac ! Le spectacle est d’une telle majesté, d’une telle grandeur que seul le vocabulaire mystique peut en donner une idée. Vous êtes confronté soudain à votre petitesse d’humain face à la grandeur de la création de Dieu. Vous êtes à la fois écrasé et transporté par la beauté. Et vous dominez tout l’espace de la grotte ! Vous êtes au plafond de ce salon divin, comme une petite mouche sans gêne qui visite la maison de Dieu. La corde continue de descendre tandis que, bouche bée, vous voulez emmagasiner par votre regard les détails titanesques de ce monde étranger. Soudain à ma hauteur, j’entendis dans un rire « Alors Fred, ça va ? ». C’était mon ami Rosario qui était en plein vide avec moi, tel un ange qui aurait perdu robe blanche et auréole ! Il était là, riant de mon air ahuri, maniant avec dextérité son matériel de spéléo. Je lui répondais bêtement : « Rosario, c’est magnifique, c’est magnifique ! ». Il riait de plus belle, l’ami Rosario comme d’une bonne blague que lui et toute l’équipe de spéléos nous auraient concocté en secret : la préparation à ce choc magistral dont on ne peut, et ne veut, se remettre. Après, tout est allé trop vite, je me suis retrouvée sur une chaise. « C’est déjà fini ? ». Oui, les 45 mètres de descente faisaient déjà partie du passé. Rosario vint me rejoindre : « Alors, alors ? ». Ben alors, j’éclatais en sanglots ! L’émotion était trop forte, on ne regarde pas l’éternité impunément. J’agrippais mon copain Rosario (en pleurant abondamment) et envoyais aux autres spéléos : « merci, merci de m’avoir permis de vivre cela ».

Je me retrouvais ensuite sur une joëlette afin de faire la visite de la grotte en question. Nous dûmes attendre les autres personnes qui faisaient la descente en rappel et j’avoue que cette attente me fut salutaire pour me remettre de mes émotions… Nous avons visité 3 chambres de l’immense grotte de titans. Philippe, notre guide, nous expliquait tout avec un humour qui nous secouait de rire à chaque instant. Nous ne voulions jamais nous éloigner de lui de peur de rater une de ses blagues (du genre : « l’aven est une entrée de grotte VERTICALE ! Ainsi si un homme entrait ici, ça n’était pas pour peindre ou alors du genre abstrait en atterrissant au sol » ça, c’est Philippe !) Les conducteurs de joëlette n’avaient pas de quoi rire avec les centaines de marches à monter et descendre ainsi que les endroits exigus à contourner. Guy ainsi que Niels (mon fils à moi !) ont été d’un courage et d’une force impressionnante (surtout que je ne suis pas des plus légères, hum,hum). A la fin, nous nous retrouvâmes sur une espèce de grand balcon face à la grotte. Un concert de musique contemporaine nous fut donné avec l’éclairage en synchronisation : c’était tellement beau que de nouveau, j’en avais les larmes aux yeux, car il semblait que la musique humaine s’accordait à la beauté minérale de la grotte…

Nous prîmes l’ascenseur (125 « étages » !) et nous retrouvâmes à l’air libre, loin du monde étrange que nous avions côtoyé pendant toute cette matinée. De nouveau, un plantureux repas nous fut servi par des jeunes d’Unis Cité de Valence que nous ne saurions trop remercier ici. Un petit clin d’œil au chef Georges qui, avec son bel accent ardéchois, nous chantait son malheur de retraité qui voulait partir sur la mer et, en fait de mer d’huile, se retrouvait face à une friteuse !! Pas des tristes, les Ardéchois !

L’après-midi fut consacré à la visite de la Cité de la Préhistoire sur le site de l’Aven d’Orgnac, où un guide nous fit le récit avec brio de la vie des premiers hommes, en partant de l’erectus et le néandertalien pour arriver au néolithique. Nous étions ravis de son exposé car il était très clair. Les quelques mots scientifiques compliqués étaient expliqués et l’exposé ne souffrait jamais de lourdeur. Ainsi accessible, nous rentrions aisément dans ce monde complexe et partagions avec notre guide le terrible quotidien de nos ancêtres. A la fin, il nous créa du feu comme le faisaient les premiers hommes, et c’était tellement magique dans cette ambiance enchantée, que nous applaudissions à la moindre étincelle.

Et puis ? Et puis, c’était fini ! Un week-end de trois jours avait filé comme un éclair entre 2 nuages…

Que pouvons-nous dire, à part, MERCI !!! Frédérique M.

Un grand merci aux partenaires : Vallon Plein Air, Unis Cité, Club de spéléologie Césame, Rando Meyrannes, Comité Départemental de spéléologie, Office de Tourisme de Vallon Pont d’Arc, Syndicat de Gestion des Gorges, Rando Meyrannes, UNRPA, Vignerons Ardéchois, CNR, Collectivités de Vallon Pont d’Arc et d’Orgnac l’Aven, Département de l’Ardèche, Conseil Régional Rhône-Alpes. Et n’oublions pas des membres de HCE : Michèle (en charge des inscriptions et grande absente malgré elle) et Monique, cheville ouvrière de ce rassemblement.

Photos Odile, Yolande, Anne-Marie, Edith, Domi

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