Handi Cap Evasion

Népal 2011 : Présentation

Expédition « au bout du bout » de la vallée du Langtang

Présentation du projet

L’association Handi Cap Evasion organise des randonnées en montagne avec des groupes comportant un mélange de personnes à mobilité réduite et de valides, grâce à un fauteuil roulant spécial baptisé joëlette.

Une expédition « horizontale » (en himalaya, 4000 m, c’est un fond de vallée), « au bout du bout », plutôt que verticale vers un haut sommet. Quelle drôle d’idée ! La terre est ronde, alors « le bout du bout » ne serait-ce pas rentrer chez soi ? Et pourquoi aller si loin, et pour y chercher quoi ? mais pour chercher longtemps ! pour chercher ensemble !

Avec les joëlettes, arriver à l’étape est comme atteindre un sommet : un sommet d’entraide et de solidarité. Alors une expédition avec un sommet chaque jour, quel luxe ! Et si finalement l’objectif du voyage était de revenir… transformés. Le seul vrai voyage est le retour.

Faire une randonnée classée comme l’une des plus belles, se donner les moyens de faire un trek hors du commun s’inscrit dans les objectifs de notre association. Bien entendu, seule une petite équipe d’une quinzaine de personnes partira à la découverte d’une autre manière de vivre dans de fabuleux paysages. Mais ce voyage extraordinaire est aussi un rêve pour de nombreuses personnes aussi bien valides qu’à mobilité réduite. Il sera un formidable outil de communication pour faire connaître nos activités mais aussi pour apporter une petite pierre au changement des mentalités vis-à-vis de ceux que l’on désigne comme des personnes handicapées. La préparation de cette belle aventure devrait dépasser les seuls participants et créer une dynamique dans notre association. Nous espérons bien entendu des retombées médiatiques et même financières.

L’idée de cette expédition atypique est née d’une rencontre. Depuis 1999 et le trek au camp de base de l’Everest, les joëlettes n’avaient plus roulé sur les sentiers du Népal, le royaume du trek par excellence. L’envie était intacte, mais il n’est pas simple de réunir toutes les conditions pour un trek en joëlette réussi. Et nous avions envie de réaliser un trek un peu décalé, qui permette un échange avec la population d’une vallée himalayenne.

La rencontre avec le guide de haute montagne Paulo Grobel, habitué des expéditions himalayennes et grand connaisseur des sentiers népalais, nous a fourni l’occasion de construire ce trek sur mesure pour Handi Cap Evasion. La préparation a finalement abouti à repérage sur le terrain au printemps 2010, pour que les joëlettes puissent s’élancer en mai 2011.

La région du Langtang a été choisie pour son accès « relativement » simple depuis Katmandou et son profil plutôt adapté à la joëlette. En effet le Langtang est le massif le plus proche de Katmandou : de Bhakatpur ou de la colline de Swayanbunath au milieu de la ville, on peut apercevoir ses sommets étincelants par delà des collines boisées.

Nous partirons de la jungle qui couvre les flancs de la vallée à Syabrubensi, en remontant le long de la rivière Langtang Khola par des forêts de plus en plus alpines jusqu’à une large vallée glaciaire ou aboutissent les moraines des glaciers descendus de pics acérés.

Consultez aussi le site de Paulo Grobel : une description (en images) du projet est en ligne.

Déroulement du voyage

- J1, Samedi 14 mai, départ de Paris.
- J2, Arrivée à Kathmandu, en début de journée. Dès la descente de l’avion, première expérience de joëlette au Népal de l’aéroport jusqu’à l’auberge du monastère de Shechen à Bouddhanath. Rencontre avec l’équipe népalaise et en particulier les Nepali joëlette Drivers. Hébergement à Shechen.

- J3, Un peu de repos pour digérer le décalage horaire, puis quelques koras autour de la Stupa pour améliorer le karma de toute l’équipe. Hébergement à Shechen. - J4, Une immersion radicale dans la réalité de la capitale népalaise. Au programme : embouteillages, klaxons et pollution, mais aussi Swayambu, Tamel et Durbar Square. Hébergement à Shechen.
- J5, Enfin, nous voici dans le bus pour le massif du Lantang et Syabrubensi. Ambiance Far West pour un « bazar » en bout de route. Hébergement en hôtel à « Buddha Guest House ».

- J6, Un premier pont népalais nous met directement dans l’ambiance, puis il suffit simplement de remonter la vallée, le long de la rivière. Lever matinal pour une première journée très difficile et longue. Nuit au bord de la rivière. Hébergement à Bamboo lodge, « Bamboo Tibet Lodge » et camping.
- J7, Une montée importante nous dépose à Lama Hotel. Des marches, un sentier raide et peu roulant, beaucoup d’efforts en perspective et une conduite très technique des joëlettes. C’est la partie la plus difficile de l’itinéraire, que du bonheur. Lama Hotel est un ensemble de lodges dans la forêt. Hébergement à Lama Hôtel, en lodge et camping.
- J8, Dans la forêt, un début compliqué puis le sentier devient plus facile. A la première clairière les sommets enneigés du Langtang Lirung nous rappellent que nous sommes en Himalaya. Repas de midi à Thyangsyapu. Hébergement à Ghoratabela, en camping.
- J9, La vallée s’ouvre et devient de plus en plus alpine, au loin s’éclaire le Ganchenpo. Les joëlettes s’emballent, nos Drivers sont maintenant chez eux. Hébergement à Langtang Village, chez Karma à Eco Lodge et camping.
- J10, une journée au village de Langtang. Toilettes, repos et balade dans le village. Rien d’autre, c’est « la progression douce... ». Hébergement à Langtang Village, chez Karma à Eco Lodge et camping.
- J11, Kyanjing, une fromagerie quelques lodges et des yacks, le dernier lieu habité de la vallée. Un trajet roulant, presque une autoroute ! Midi à Sindum, l’un des plus beaux villages de la vallée. Nous voici au cœur du monde bouddhiste avec de grands murs de mani. Installation à la petite auberge de Lovely Guest House. Lodge et camping.
- J12, une grande vallée ouverte avec des bergeries et un paysage très haute montagne. Une longue journée plutôt roulante mais avec des passages un peu techniques au bord de la rivière. Des troupeaux de yacks nous indiquent que nous ne sommes pas en Vanoise. Hébergement en camping à Numthang.
- J13, La fin de l’expédition s’approche avec une dernière difficulté. Une rivière tumultueuse où nous nous transformerons en constructeur de pont puis une moraine périlleuse en joëlette. La découverte des alpages de Langshisa est un grand moment... Le bout du bout ! Enfin. Hébergement en camping à Langshisha Kharka.

- J14, Il est temps de redescendre de notre bout du monde, presque en roue libre ! Mais c’est une très longue journée. Hébergement à la petite auberge de Lovely Guest House à Kyanjin en lodge et camping.
- J15, Par Langtang Village, nous rejoignons Ghoratabela avec forcément quelques arrêts dans les villages de nos Népali joëlettes Drivers. Welcome in Nepal... Hébergement à Ghoratabela, en lodge et camping.
- J16, « Roule ma poule » ! Juste pour Stéphane notre guide Handi Cap Evasion, une descente express pour débrider les joëlettes et se retrouver directement à Syabrubensi. Une très grosse journée. Hébergement à notre hôtel du départ.
- J17, Retour en bus à Kathmandu, mais cette fois-ci de l’autre côté de la vallée à Nagarkot, pour une vue matinale époustouflante du lever de soleil sur l’Himalaya. Les sommets du Langtang sont à portée de main. Hébergement en hôtel.
- J18, Une randonnée champêtre dans la campagne népalaise entre rizières et fours à briques pour rejoindre Baktapur, la ville la plus hindouiste de la vallée. Hébergement en hôtel, à Bagdaon Guest House.
- J19, Une immersion dans la culture Newar avec une journée tranquille pour prendre le temps de profiter de l’ambiance moyenâgeuse de la ville. Un tout autre Népal. Hébergement en hôtel, à Bagdaon Guest House.

- J20, Changu Narayan, l’un des plus anciens temples de la vallée, le prétexte d’une belle randonnée dans la vallée pour traversée sur le village de Sanku où nous attends le bus pour Boudhanath et la quiétude de Shechen.
- J21, Derniers achats de souvenirs, derniers adieux. Il est temps de prendre l’avion du retour. Vite, une dernière Kora...
- J22, samedi 6 juin, arrivée en France, séparation de la joyeuse troupe.

L’équipe

L’équipe est constituée d’adhérents d’Handi Cap Evasion ayant tous une bonne expérience de la joëlette. Elle est consituée de :
- Quatre passagers joëlette : Myriam, Jean-Lou, Yann et Martine.
- Une non-voyante : Annie ; qui marchera avec l’aide d’un accompagnateur.
- Dix accompagnateurs actifs, pour la conduite des joëlettes et l’aide à la personne : Patrick, Nicolas, Denis, Catherine, Jacky, Vincent & Vincent, Monique, Solène et Ségolène.
- Un accompagnateur en montagne : Stéphane, le responsable de l’équipe, habitué des séjours en joëlette.
- Un guide de haute montagne : Paulo, notre lien avec l’équipe népalaise, qui tirera aussi la joëlette !
- Nous embaucherons quatre « Nepali Joëlette Driver » pour renforcer les équipages des joëlettes.

A tout cela il convient d’ajouter (autonomie oblige) l’équipe de cuisine avec Cook, Helpers et Kitchen boys !

Dans la région du Langtang, le portage s’effectue à dos d’homme, nous embaucherons donc des porteurs de la vallée pour le transport du matériel et de vivres de l’expédition.

Retrouvez la présentation de ce trek unique sur le site de notre sponsor B2V : http://www.b2v.fr/Client/Images/Vid...

Nos partenaires

B2V Retraite Prévoyance Mutuelles EOVI FIC SAS Comité d'entreprise GMF

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Népal 2011 - Partie IV et Fin

Quatrième et dernière partie des aventures népalaises. Après la jungle et les sommets du Langtang quelques jours de marche dans la vallée de Katmandou constitutent un "voyage dans le voyage", tant l’ambiance est différente.

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Mardi 31 mai : Nagarkot – Bhakatapur

Lever à 7 heures. Il a plu cette nuit, de larges flaques d’eau tiède baignent les nombreuses terrasses de l’hôtel et le sommet des collines émerge paresseusement des nuages. Pas de lever de soleil sur les montagnes aujourd’hui, donc pas de regret d’avoir fait la grasse matinée. Après l’arrivée surréaliste de la nuit, le paysage se dévoile doucement devant nous.

Au programme ce matin : « repos », ce qui veut dire qu’après le petit déjeuner, la plupart d’entre nous s’activent frénétiquement pour faire de la lessive, sécher, trier le contenu des sacs ou déplier les joëlettes.

A cause de quelques quiprocos propres à tout restaurant népalais, le « repas léger » de midi se transforme en avalanche de spaghettis, nans (galettes beurrées), crêpes et autres pains frits, le tout largement accompagné d’un assortiment de légumes où les rondelles de poivrons verts dissimulent traitreusement des piments qui tuent !

Autant dire qu’ensuite, le décollage pour la « petite randonnée de 3 heures » (en descente) ne se fait pas sur un rythme effréné. D’autant plus qu’il fait très chaud et lourd. Nous suivons la route qui serpente au milieu des pins et des habitations. Nagarkot est un lieu de villégiature prisé des touristes comme des népalais ; les hôtels, « lodges », « resorts » y sont nombreux éparpillés au milieu des arbres. Des panneaux défraichis rivalisent de superlatifs : le « hill top superb view resort » n’est en fait qu’une cabane en planches à l’ombre d’un buisson de bambous. Dans un cadre aussi bucolique, le camp militaire (centre d’entraînement des commandos) ne parait pas très sérieux.

Après une bonne heure de montée (en donc de suée) sur le bitume, nous arrivons au bout de la route, au sommet d’une colline réputée pour sa vue sur les montagnes. Etant donné les nuages qui bourgeonnent de toute part, on ne se donne même pas la peine d’aller jusqu’en haut ; on enchaîne direct par la descente sur une large piste forestière au milieu des pins.

A la sortie de la forêt on s’égare dans un village, les habitants nous remettent fermement sur le bon chemin. La piste descend à flanc de colline en serpentant entre les champs de maïs. La vallée de Katmandou s’étend devant nous barrée par un rideau de pluie qui vient rapidement à notre rencontre. C’est la douche ! L’eau n’est pas froide mais elle rend le chemin glaiseux bien glissant !

L’averse cesse bientôt et le soleil revient. Nous traversons tous fumants un village au bas de la colline. Les champs de maïs font place aux rizières vert tendre dans ce décor se dressent les cheminées coniques (parfois de guingois) de briqueteries, semblables à des tours de Babel. Le soleil s’estompe et la campagne se drape d’une lumière dorée, mais la ville est encore loin.

Encore des rizières, des potagers et enfin des maisons. A la nuit tombante, nous entrons dans Bhaktapur par les champs, en contournant un large « pond » (bassin) avant de plonger dans les ruelles. Le crépuscule rend cette arrivée encore plus fantastique : les pagodes sculptées se devinent dans la pénombre, amplifiant les bruits et les odeurs, accentuant le caractère féérique de la « cité des dévots ». La petite balade de 3 heures en aura duré 6 !

Mercredi 1er juin : Bhakatapur

Ce matin, visite de la ville. Bhaktapur est un musée à ciel ouvert, et notre hôtel est en plein centre : au milieu des temples, des pagodes et des maisons en briques aux fenêtres de bois sculpté.

L’ambiance fantastique d’hier soir n’a pas réussi à Cathy qui a entendu des hurlements bizarres dans la nuit !

A deux pas de l’hôtel nous flânons sur « Durbar Square » (la place royale) avec ses temples extraordinaires : pagodes aux poutres finement ouvragées, escaliers de pierres encadrés de sculptures monumentales. Tout cela s’intègre harmonieusement avec la cité : une marchande de légumes a posé ses paniers sur la première marche d’un petit temple, les écoliers en uniforme montent sur le dos de l’éléphant de pierre avant d’aller en classe.

Plus loin c’est l’aspect agricole de Bhaktapur qui apparaît : dans toutes les cours il a du riz. Des gerbes fraîchement moissonnées aux grains mis à sécher au soleil en passant par le battage ou le vannage, les habitants s’activent pour engranger cette céréale qui constitue la base de leur alimentation. Les pigeons se régalent des grains oubliés entre les briques dont les ruelles sont pavées.

On se scinde en plusieurs petits groupes pour mieux déambuler dans la ville. Avec Jean-Lou, Vincent, Monique et Annie nous prenons notre repas de midi dans un restaurant avec une calme cour intérieure. Tellement calme que nous sommes les seuls clients et notre arrivée tire le cuisiner et les serveurs de leur léthargie. Un large parasol nous abrite aussi bien des piquants rayons du soleil que d’une averse soudaine.

L’après-midi quartier libre. La visite de la fabrique de papier artisanal vaut le détour. Au fond d’une petite cour, sur quatre niveaux du sol jusqu’aux toits, un incroyable capharnaüm regroupe toutes les étapes de la fabrication : depuis l’extraction des fibres végétales jusqu’au façonnage des carnets et autres calendriers. Teinture, séchage, impression, découpage, collage, reliure : tout est fait à la main à l’aide de machines d’un autre âge. Emergeant d’un monceau de papier, une tête de Bouddha sculpté contemple une ouvrière assise en tailleur qui découpe de délicats motifs dans un papier décoré de fleurs séchées.

En rentrant à l’hôtel Nico peut assouvir sa passion pour les mangues, tout en sirotant un jus de canne à sucre fraîchement pressé.

Jeudi 2 juin : Bhaktapur – Shanku – Katmandou

Départ en joëlette directement de l’hôtel pour grimper jusqu’au temple de Changu Narayan. La sortie de la ville nous permet de goûter aux joies de la circulation népalaise : klaxons et gaz d’échappement. Mais bientôt nous quittons le tumulte en empruntant une petite route à travers la campagne.

Soleil de plomb, ça chauffe dur sur le goudron, mais pour une fois le terrain est roulant. Une halte auprès d’une fontaine est bienvenue avant d’attaquer la montée sur la colline de Changu. En deux heures à peine, nous y sommes. Changu Narayan est le plus ancien temple de la vallée de Katmandou ; bâti en 464 puis reconstruit au XVIIème siècle, il abrite des sculptures en pierre sans équivalent, qui témoignent de la richesse des royaumes du Népal.

Une enceinte carrée entoure une petite pagode dorée. Elle contient des statues dont la vue est réservée aux seuls regards des hindous.

L’endroit est très calme, dommage de n’avoir pas le temps d’y flâner plus longtemps, mais Stéphane a passé commande pour 12h30 à la gargote à l’entrée du site et le dahl bhat n’attend pas. On mange dans la paillotte où l’on resterait bien faire une sieste à l’ombre des bambous, gagnés par une langueur tropicale. Les joëlettes, garées sur le parking à côté des motos intriguent les rares visiteurs.

Ensuite il s’agit de rallier le village de Shanku, de l’autre côté de la colline par un chemin à flanc au milieu des cultures. Les habitations sont parsemées au milieu des champs. L’odeur des fleurs alterne avec celle des ordures !

Les paysans s’arrêtent sur notre passage. Ils ne voient guère de touristes par ici, encore moins dans de tels équipages. D’ailleurs ils ne veulent pas que nous prenions les sentiers en nous indiquent la piste principale. Mais forts du repérage de Stéphane, nous prenons drêt dans l’pentu par un escalier qui abouti directement au milieu des rizières. Les tenues rouge vif des femmes ponctuent le vert tendre des terrasses. Un buffle échappe à la surveillance de son gardien, distrait par le passage des joëlettes. L’animal laboure un coin de rizière pour se rouler voluptueusement dans la boue grise. Des libellules zèbrent l’air calme.

Au milieu de la vallée, il faut traverser à gué la rivière, tiède et boueuse à souhait. L’eau est tellement douce qu’on se baignerait volontiers dans ce qui doit être un magnifique bouillon de culture.

Une dernière remontée nos mène au village de Shanku, terminus pour les joëlettes. En attendant le bus commandé par Temba pour 17h, on plie les bolides avant des les hisser sur le toit du véhicule.

Direction Shechen, notre « camp de base ». Mais dans les faubourgs de Katmandou nous attend un embouteillage monstre. Tout est bloqué, en une heure nous avons dû avancer de 200 mètres. Les passants nous apprennent que la police a « dispersé » des vendeurs ambulants qui bloquaient la circulation, créant ainsi une émeute. Impossible d’avancer. Le chauffeur fait demi-tour et s’engage dans un labyrinthe de ruelles ou visiblement notre véhicule est hors gabarit. Stéphane et l’aide chauffeur montent sur le toit pour soulever les fils électriques qui se prennent dans les roues des joëlettes.

Finalement nous arrivons à Shechen et sous nos yeux éberlués, le chauffeur fait un demi-tour magistral dans l’étroite courette. Applaudissements !

Vendredi 3 juin : Katmandou

Le matin départ pour Swayanbunath : « Monkey Temple ». Le bus nous dépose en haut de la colline « à l’entrée de derrière » où nous déplions les joëlettes.

Swanyanbunath c’est l’autre grand stupa (avec Bodnath) de la vallée de Katmandou, le royaume des shortens… et des escaliers. Une multitude de petits stupas sont dispersés sur la colline sur de nombreux niveaux, des escaliers zigzaguent au milieu des arbres où vivent des groupes de singes ; jusqu’au grand stupa tout en haut. La visite est un bon exercice de montée et de descente de marches en joëlette. Mais on a l’entraînement.

Après quelques tours du grand stupa et la contemplation de la vue panoramique sur Katmandou, c’est la descente par l’escalier vertigineux. Du haut en bas : 404 marches en une seule volée raide et rectiligne ! (On a compté)

Ensuite nous roulons jusqu’au quartier de Thamel. Le groupe envahit le restaurant « Nepalese Kitchen » pour le repas avant de décréter 1h30 de temps libre pour ceux qui veulent faire du shopping. Guère le temps de flâner !

Il est déjà tard quand nous repartons – toujours en joëlette – pour « Durbar Square », en se faufilant à travers les ruelles bondées. Stéphane étant resté en arrière pour acheter des bols et des assiettes pour l’intendance HCE (Saviez vous que la vaisselle utilisée lors des séjours vient du Népal ?), nous l’attendons à l’entrée (payante) du « Durbar Square ». Les népalais nous regardent intrigués, on nous pose quelques questions, un attroupement se forme autour des joëlettes. En rigolant Morgane tend le chapeau de Solène. Elle récolte 250 roupies !

Mais il est déjà tard, le bus nous attend pour 18h, la visite de la célèbre place et de ses nombreux temples s’effectue au pas de charge. Dommage, il y a tant à voir ici.

Ensuite il faut ressortir du centre-ville pour rejoindre le bus. Les joëlettes sont prises dans la circulation folle. Ici, traverser une rue est un sport extrême. Il y a des motos partout. D’ailleurs, chaque rue est bordée, de chaque coté, de deux rangées ininterrompues de motos en stationnement. Après une bonne demi-heure de gymkhana ; on plie les joëlettes et on embarque dans le bus pour rentrer à Shechen.

Samedi 4 juin : Katmandou – Paris

Lever à 7h pour nettoyer les joëlettes, les plier et les conditionner pour l’avion. Au soleil dans la cour c’est la suée garantie. On profite une dernière fois du petit déjeuner dans le jardin. Il faut plier et empaqueter toutes les affaires. Et cette fois pas question d’excédent de bagage. Tous les sacs passent à la pesée. Tant pis pour ceux qui rêvaient de revenir chargés de cadeaux souvenirs.

Nous sommes invités pour manger chez Tsiring, Temba et toute la famille, en plus c’est sur le chemin de l’aéroport, pratique. Vers 11h nous nous mettons en route avec les fauteuils (les joëlettes sont définitivement emballées).

Il faut rejoindre le stupa, (et hop encore trois-quarts de tour pour le karma), traverser le boulevard (Olé !) et s’enfoncer dans les ruelles pour rejoindre « la maison ». La dernière rue est « en travaux », c’est à dire complètement défoncée, aargh ! Un jeu d’enfant en joëlette, mais avec les fauteuils, c’est la suée garantie. Isabelle décide de marcher pour les 100 derniers mètres au milieu du chantier… sa béquille rafistolée n’y survivra pas !

Toute la famille nous attend de pied ferme pour nous servir un « massouko dhal baht » tout en haut sur la terrasse, à l’ombre d’une grande bâche tendue en guise de vélum. Délicieux !

La maison est entourée d’un petit jardin potager, rempli à 90% par des plants de… piment. Même les pots de fleur sur la terrasse en contiennent !

Nous sommes vraiment tous prêts de l’aéroport : du haut de la terrasse on voit l’extrémité de la piste où les avions font leur demi-tour après avoir atterri. Cette fois, pas de doute, ça sent la fin du voyage ! Après le repas on reprend notre bus pour rejoindre l’aéroport, ce n’est pas loin mais il faut faire un grand tour pour rentrer par le bon côté, et nous avons à trimballer tous les bagages.

Après un peu de flottement et quelques coups de téléphone de Temba, nous retrouvons l’équipe Handi Cap International qui vient récupérer les quatre fauteuils roulants, les béquilles ainsi qu’un déambulateur, qui resteront au Népal. La béquille d’Isabelle ayant définitivement rendu l’âme, on en pique une dans le tas pour faire un échange standard ! L’enregistrement se passe sans anicroche (tous les bagages en vrac, bonjour l’angoisse s’il en manque à l’arrivée). Deux employés me donnent les cartes d’embarquement éditées sur du vulgaire papier à picots. Puis un troisième (qui ne glande rien) me lance une œillade et me dit sur le ton de la confidence « You are big group, I give you tickets ». Mais les tickets, je les ai déjà, je viens de les recompter deux fois ! En fait c’est juste un prétexte pour m’extorquer un pourboire 10 minutes plus tard !

Une fois remplies les cartes de « désembarquement », passé l’immigration, le scanner et la fouille manuelle des bagages cabine, finalement on est juste à l’heure pour embarquer.

L’avion est arrêté juste devant la porte, on marche simplement jusqu’à l’avion. Du sommet de la passerelle on peut même jeter un dernier regard sur Katmandou, dans la lumière dorée du soir.

Après le décollage, l’avion fait un grand cercle, j’ai le temps d’apercevoir par le hublot les montagnes du Langtang qui émergent des nuages. De l’autre côté de l’appareil Nico voit l’Everest et plus tard les Annapurna.

« Bye bye Nepal », « Pheri Betola » (Au revoir) !

Texte : Denis Flaven et Isabelle Grandclément

Photos : Jean-Lou Ouvrard, Vincent Harre, Frédérique Zeidler, Jacky Ballini et Denis Flaven

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Népal 2011 - Partie III

Après avoir atteint Langshisha Kharka, le trek est loin d’être terminé. Il faut maintenant redescendre jusqu’au point de départ : Syabru Besi puis rentrer à Nagarkot.

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Jeudi 26 mai : Numthang – Langtang

Après le « sommet » d’hier, cette fois la direction est résolument le bas. Ce matin le temps est gris et maussade, on a eu du bol pour la météo hier !

Après le petit dèj, on démonte le camp, les porteurs sont remontés de Kyangin Gompa et récupèrent tous les sacs alignés sur la pelouse, et hop, c’est parti pour une bonne étape de descente.

On passe près d’un petit abri avec un muret en pierre construit sous une grosse roche à quelque distance du chemin. La légende locale dit qu’un lama et son disciple s’étaient établis là, un jour la pierre s’ébranla et menaça de s’effondrer, le disciple s’enfuit, mais le lama retint la pierre… il parait qu’on voit encore l’empreinte de ses mains dans la roche au plafond. Bishal va voir et Karma lui crie des indications (du genre « plus au fond »…) mais apparemment c’est dur à trouver !

On s’arrête au début de « la plaine », sur l’autre rive des bucherons coupent de maigres arbres et entassent le bois à l’abri d’un gros bloc de notre côté. Le tas de bois est déjà bien fourni : l’hiver sera rude. Un grand père arrive et s’arrête comme nous sur la pelouse au bord de la rivière. On partage quelques fruits secs. Il tient à la main une boîte en plastique contenant quelques poignées de sel qu’il monte porter à ses yacks.

La traversée de la plaine et vite expédiée, voici « la plage » et maintenant il faut remonter. Malgré nos exhortations « bistaré ! zig-zag ! », Sonam a pris la corde et tire droit dans l’pentu ! Heureusement, le gazon est roulant et la montée pas trop longue. Ensuite reste à franchir le ruisseau. La traversée est vite expédiée, le temps menace il fait nettement plus froid et personne n’a envie de traîner sous la pluie.

On arrive à Kyangjin Gompa juste avant l’averse, pour se réfugier à l’intérieur du lodge en attendant le repas de midi.

Dehors il se met à pleuvoir, et ça caille nettement. Personne n’est pressé de repartir une fois le repas terminé. Est-ce que la pluie va s’arrêter ou au contraire redoubler de violence ? Wait and see… avec une couverture chinoise, la sieste sur la banquette est fort agréable.

Paulo part devant, il veut descendre à son rythme à cause de sa cheville toujours douloureuse. La proposition de partir rapidement ne soulève guère d’engouement. Au chaud et au sec, avec la digestion, une douce torpeur nous envahit… Bon, finalement il faut bien bouger, la descente est encore longue jusqu’à Langtang. On commence à sortir les vestes goretex, kway, capes de pluie, et tutti quanti, ce qui a pour effet de faire cesser la pluie ! Tant mieux ! La descente au sec c’est pas mal non plus.

On retrouve les passages empruntés à l’aller : descente raide jusqu’au petit pont (on est vraiment montés par là ? bigre !), le gros bloc sculpté à contourner toujours par la gauche, les moulins à prière, les murs mani avec leur petits shortens. Ca avance pas mal !

Le soleil est maintenant de retour, une large déchirure s’ouvre dans les nuages au dessus de la vallée. Derrière nous, les pentes qui dominent le village apparaissent : blanchies par une fine couche de neige. Diable, c’est pour ça qu’on n’avait pas chaud ! Mais sous ce soleil tropical, la neige disparaît comme par magie.

La vue est splendide, les cultures d’un vert tendre brillent dans l’atmosphère humide tandis que les rayons du soleil flirtent avec les nuages. Une dernière descente, et voilà le village de Langtang. On coupe à travers les pelouses pour rejoindre directement Eco Lodge, chez Karma.

Vendredi 27 mai : Langtang – Lama Hotel

Ce matin grasse matinée : le lever est fixé à 7h. Paulo nous quitte, sa blessure à la cheville lui prend vraiment trop la tête, il préfère descendre à son rythme et rentrer directement à Kamtandou pour s’en occuper ; de notre côté nous prévoyons de faire un « détour » par Khangjim demain, avant de descendre à Syabru Besi.

Karma aussi nous dit au revoir, il a des travaux à faire (du bois à couper, etc…) c’est son fils qui prend sa place. Du coup le départ est un peu laborieux, on sent comme un léger flottement dans l’équipe. Mais bon, la descente est plutôt facile, pas trop technique, et puis ça descend.

Au détour du chemin, dans une descente raide, on croise… une équipe de télé népalaise. On ne sait pas trop ce qu’ils sont venus faire ici, mais ils filment les joëlettes et interviewent même Bishal !

Au deuxième pont suspendu de la matinée, on décide de faire une photo de groupe, en profitant du replat de l’entrée du pont. On s’installe comme on peut sur la plateforme en béton avec les montagnes du Langtang en toile de fond.

Un petit vieux arrive par le pont, portant un fagot de bois sur le dos. Il brandit la médaille qu’il porte autour du cou en disant « six cents »… en fait il veut la vendre ! Vincent H. la négocie à 500 roupies. Pensez-donc une authentique médaille du Langtang à ce prix là, c’est une affaire. Voyant que Jacky semble aussi intéressé, le petit vieux fouille dans ses poches et en sort… une autre médaille identique à la première ! En fait il ne paie pas de mine avec son visage buriné, mais c’est un redoutable vendeur ambulant !

Plus bas Morgane nous rattrape lors de la pause. Elle nous raconte qu’elle vient de conclure une affaire en or : elle a échangé ses baskets contre une médaille du Langtang… à un petit vieux qu’elle vient de croiser !

Il fait chaud quand nous arrivons à Goratabela pour le repas de midi. On s’installe en une grande tablée au soleil devant le lodge. Un couple de touristes regarde cette étrange troupe, un peu envahissante.

Le ciel se couvre, il est temps de repartir, une grande descente nous attend avant d’arriver à Lama Hotel. En parcourant le chemin en sens inverse on mesure mieux la difficulté de l’étape à la montée : on a vraiment fait ça ? Balèze !

On replonge à nouveau dans l’ambiance « Jungle » ; il fait d’ailleurs de plus en plus chaud. Mais ce n’est pas désagréable car le chemin est à l’ombre dans la forêt.

Je pilote Annie un moment, pour elle ce n’est pas facile, les joëlettes avancent assez vite et le sentier chaotique est une rude épreuve.

Pause coca à « River Side View » ; on croise quelques touristes, des porteurs et des népalais qui voyagent à pied. Tiens, ils ont tous un parapluie à la main. Le ciel se couvre de plus en plus et on descend toujours. Incroyable qu’on pu monter tout ça ! Maintenant le tonnerre gronde au dessus de la jungle, on va avoir droit à la rincée.

Le blessé du jour c’est Vincent H. : une joëlette l’a sauvagement mordu alors qu’il tentait d’arracher une poignée en faisant semblant d’avoir glissé. Souvenir du Népal : de belles égratignures.

Le couvert végétal nous protège un moment, mais c’est sous une pluie tiède que nous arrivons à Lama Hotel. Vite, tous à couvert dans la « dining room », les « helpers » népalais aussi !

Le thé et les petits gâteaux disparaissent en un rien de temps, même les népalais ne se font pas prier. Sonam fait le malin, mais Dawa à l’air fatigué, il faut dire qu’il a beaucoup donné.

Les jeunes népalais commentent des photos qu’ils se repassent sur le téléphone portable. L’un d’entre eux aperçoit la médaille de Jacky et demande "combien tu l’as acheté au petit vieux ?". D’après lui le prix correct, c’est plutôt autour de 350 roupies !

Morgane continue jusqu’à Rimche, elle nous rejoindra demain au passage.

Samedi 28 mai : Lama Hotel – Khangjim

Aujourd’hui on se paye une « variante » : au lieu de descendre directement à Syabru Besi via Bamboo Lodge, on bifurquera à Rimche pour aller à Khangjim (dont sont originaires la plupart de nos porteurs) via Sherpagaon. Sur la carte, une fois remontés à Rimche, c’est un sentier balcon quasiment de niveau. Le souvenir des escaliers entre Syabru Besi et Lama Hotel est resté bien présent dans tous les esprits, personne n’a envie de redescendre par là, alors autant essayer cette variante.

Ca attaque fort dès le départ avec un bon passage de bloc, juste après Lama Hotel. Je me souvenais assez précisément de cette arrivée, et bien ce n’est pas plus facile dans l’autre sens !

Au sommet de la montée pause à Rimche devant un petit lodge : c’est là qu’on retrouve Morgane. L’endroit est idyllique : eau fraîche, ombre douce ; on s’arrêterait volontiers une journée ici.

Ensuite le sentier s’agrippe en balcon à flanc de montagne. La pente est vraiment très raide, un faux pas en dehors du sentier risque de vous emmener jusque dans la Langtang Khola quelques centaines de mètres plus bas.

Pour un « balcon » il est tout sauf plat. Il y a même un escalier – en descente – comme suspendu au dessus du vide.

On s’élève petit à petit, avec à chaque fois une volée de marches. La rivière s’éloigne peu à peu en dessous de nous.

Temba et Tsiring récoltent des espèces de framboises jaunes dans des arbustes au dessus du chemin. Pas mauvais, mais il y beaucoup de petits grains. On traverse une forêt clairsemée avec des rhododendrons en fleur.

Le sentier franchit une première crête puis une deuxième avant de replonger brutalement dans un cirque, on aperçoit quelques maisons au milieu de terrasses cultivées : maïs, pomme de terre, c’est Sherpagaon. Comme il se doit la pause se fait au lodge d’en bas du village (descente puis remontée d’un escalier très raide).

Le propriétaire du lodge est unijambiste : il a du être amputé suite à une blessure qui s’est infectée.

Les porteurs nous disent que la suite est « saatjilo » (facile), mais le propriétaire me dit que pour aller à Khangjim, c’est « 4 hours, normal way ». On est pas arrivés !

On repart, petite descente technique dans le village pour aller reprendre le sentier principal en faisant le tour d’un mur « mani », puis les escaliers s’enchaînent, ça monte, ça monte sans fin. Depuis la dernière joëlette on aperçoit les autres équipes qui grimpent en lacets. Pour nous encourager Sonam nous explique que le sentier passe par un petit col, qui se devine sur la crête devant nous entre deux grands arbres caractéristiques, pas tellement plus haut. On y croit. Ca bloque devant, pourquoi sont-ils arrêtés ? Soudain la première joëlette réapparait loin au dessus des arbres, presque à la verticale de nous. Quoi ? Le sentier passe là haut ? Les derniers lacets sont ponctués de féroces escaliers qui nous ressemblent plutôt à des murs un peu inclinés. Jamais vu un sentier aussi raide.

Au sommet une grande terrasse nous accueille pour la pause. On sort la carte, force est de constater qu’après plus d’heure d’effort nous avons avancé d’à peine un cinquième de la distance, et dans la prochaine combe ça monte encore ! Même Sonam semble avoir pris un coup au moral. Les plaisanteries désabusées commencent à fuser : « Encore deux jours de descente comme ça et on sera à Langshisha ». On voit Bamboo Lodge, comme vu d’avion, 1000 mètres plus bas. « Eh Stéphane, on s’est trompés de chemin, c’est là bas le passage » !

Heureusement la combe qui suit est nettement plus facile, pas d’escalier vertigineux, juste quelques marches « normales » qui mènent à une sorte de petit col. Derrière, nous pénétrons dans une forêt de pins ; le sentier quasiment plat, sans une pierre, est tapissé d’aiguilles de pins. On se croirait presque dans une pinède sur la côte landaise, avec même le chant des cigales. Le moral revient, ça avance bien.

Après avoir franchi un autre petit col la descente s’accentue, mais toujours dans la forêt.

Inévitablement, le sentier devient plus caillouteux. Bientôt nous arrivons au milieu des champs, les premières maisons sont en vue, de nouveau le sentier n’est plus qu’un escalier ininterrompu ! Raide avec de grosses marches. Ça secoue, mais c’est efficace pour perdre de l’altitude.

Enfin voici le village, notre « staff » nous attend devant le « Potala Guest House ». Ce soir nous logeons chez Dawa. Il est 17h40, ouf ! Sacrée journée.

Dernier problème à résoudre : toutes les chambres sont en haut, accessibles uniquement par un escalier très raide, genre échelle. Et les toilettes sont à l’extérieur. Où alors, c’est chez Tashi, 50 mètres plus bas, mais avec une configuration identique. Je monte voir. A l’étage c’est encore en construction, les cloisons des chambres ne sont pas toutes terminées, ici un cadre de porte trône au milieu de l’étage. En discutant avec Bishal, un peu fatigué, je m’appuie négligemment contre la cloison… et passe à travers ! La planche tenait juste avec deux pointes mal clouées !

Comme il y a de la place au rez de chaussée, la solution c’est de déplacer des matelas pour loger un maximum de monde en bas. Aussitôt dit, aussitôt fait.

Avec Vincent P. nous partons poser nos affaires chez Tashi. La maison est plus ancienne mais c’est propre et plutôt plus sympa. Devant la maison, le fils de Tashi (3 ans ?) joue avec une casquette B2V. On m’invite à la cuisine. Assis en tailleur près du feu, devant un « black tea » brûlant, on s’observe en silence. Il y a là : la mère de Tashi, sa sœur et sa femme. Le petit chat se chauffe au coin du feu et évolue si près des flammes qu’il doit parfois se roussir les moustaches.

Bishal arrive pour dire que le repas est prêt chez Dawa. Juste le temps d’avaler mon thé bouillant et de dire au revoir. Bishal s’est fait servir une grande louche d’un truc tiède et transparent. A mon avis, ce n’était pas de l’eau !

Après le repas, pour fêter cette étape mémorable, on demande à goûter le Tchang (« bière » amère de riz fermenté) et le Rakshi (le même mais distillé). Pas facile de faire la fête, tout le monde est trop crevé, et les porteurs sont rentrés chez eux. Mais avec la lumière des néons, il est quand même 21h30 quand je descends me coucher chez Tashi.

Dimanche 29 mai : Khangjim – Syabru Besi

Ce matin grasse matinée et « repos » jusqu’à midi. La descente vers Syabru Besi est courte, ce sera pour l’après-midi.

Levé à 6h, les montagnes en face sont déjà en partie dans les nuages, tant pis pour la vue sur le Paldor. Par contre les spectaculaires lacets de la route, juste en face sont clairement visibles. Au fond de la vallée une autre route est en construction : la frontière chinoise n’est qu’à 17 km en amont de Syabru Besi en suivant le lit de la rivière. Pour le moment la frontière est fermée, mais la route est prête côté tibétain et les chinois construisent activement la route côté népalais. La « Pasang Lhamu Road » devrait bientôt se prolonger jusqu’en Chine.

Petit déjeuner à 9h, et on déjeunera à midi sur place avant d’attaquer la descente. Jacky qui s’est levé tôt, est allé reconnaître le début de la descente et nous annonce qu’on ne manquera pas d’escaliers !

Pour occuper la matinée : visite de la gompa. Pas si simple : 50 mètres de descente, un escalier bien raide pour ensuite remonter un escalier de 20 mètres hyper raide. Athlétique comme visite. Tout ça sous l’œil intrigué des villageois.

La gompa est toute neuve. Tashi m’explique qu’elle a été reconstruite il y a cinq ans. L’ancienne bâtie en terre et en pierres s’écroulait. Les villageois se sont cotisés ou ont offert des journées de travail pour monter les matériaux depuis la route (900 mètres plus bas). A l’extérieur, les moulins à prière sont encore recouverts d’une feuille de plastique.

A l’intérieur les fresques aux couleurs chatoyantes sont flambant neuves, trop nettes pour faire « typique » mais du plus bel effet. Elles ont été peintes à Katmandou, sur une toile qui a été ensuite collée sur le mur. Dans un coin il y a un dessin d’un monastère avec deux moines. Dawa nous explique que cela représente le second d’un grand monastère de Katmandou qui est originaire du village et a donné beaucoup d’argent pour la reconstruction.

Retour au « Potala Guest House » pour le repas (avec « Chocolate Roll » en dessert) avant d’attaquer la dernière étape du trek.

Départ dans le village : raide avec des escaliers. Suite : raide avec des escaliers. Et dire que l’équipe de Joël est montée par là !

Mais ça descend efficace, on plaisante et l’atmosphère est plutôt détendue : ça sent la fin du trek ; d’ailleurs on voit les maisons de Syabru Besi juste en dessous de nous. On traverse à nouveau la forêt de pins : méga raide, voire même glissant à cause des aiguilles de pin.

Une dernière pause pour profiter du cadre ; dans une heure nous seront en bas. Stéphane brade les derniers fruits secs.

La descente se termine au village de Wangel. Champs de « ganja » à profusion. Ici le cannabis pousse tout seul, on marche dessus. Du sommet d’un arbre, un singe blanc nous regarde passer. Dans le village il y a un dernier escalier à descendre (on dirait plutôt un mur légèrement incliné) puis un joli sentier en balcon nous ramène vers Syabru.

Une dernière descente raide, et nous voici au pont. La boucle est bouclée.

Il ne reste plus qu’à remonter sur l’autre rive, puis à rejoindre Bouddha Lodge. Au bord de la route, une troupe d’écoliers s’invite sur notre photo de groupe.

Une fois sur la route, les deux jeunes qui accompagnent la joëltte de Jean-Lou veulent essayer de la manier tous seuls Ca tangue ferme dans l’ultime remontée, même avec Dawa à l’arrière.

En fait toute la troupe de jeunes, est originaire du village de Langtang. Normalement ils sont à l’école à Katmandou, mais en ce moment ce sont les vacances (pour encore 2 semaines). Ils trouvent le trek vraiment cool !

Arrivés à Bouddha Lodge, tournée générale pour toute l’équipe, bière et coca coulent à flot !

Demain les porteurs rentrent chez eux : une heure et demie (népali time) de rude grimpette pour ceux qui habitent Khangjim, une journée pour ceux de Langtang.

Ce soir, douche pour tout le monde, et ce n’est pas du luxe.

Le dîner se termine par un énorme gâteau au chocolat « Vive HCE – Farewell Nepal » préparé par les cuisiniers. Les talents linguistiques d’Ang Babu ont été mis à contribution pour trouver le titre.

Demain départ 6h. Notre bus est déjà là, il nous attend dans la rue.

Lundi 30 mai : Syabru Besi – Nagarkot

Lever 5h, pas trop dormi, on s’est couchés un peu tard et les chiens ont aboyé une bonne partie de la nuit. Le petit déjeuner est vite expédié, et c’est parti pour un transfert d’anthologie.

Première surprise, je monte en premier dans le bus pour poser mon sac, et il y a déjà trois népalais assis à l’arrière : un couple de petits vieux et une jeune fille. Bon. Le chauffeur doit arrondir ses fins de mois, classique. On embarque en bon ordre, et c’est parti.

La route se déroule sans problème jusqu’à Dunche, mais au deuxième contrôle de la police (des militaires en fait), le troufion monte sur le toit inspecter les bagages et redescend avec deux sacs en toile nylon blanche : les bagages des deux petits vieux. On ne voit pas trop ce que c’est, mais il y a un curieux mélange : racines, champignons secs, yarsagumba ? Et même ce qui semble être des morceaux de résine de cannabis. En tous cas, ça ne passe pas ! Les deux petits vieux restent au poste avec leur étrange cargaison.

On repart pour quelques kilomètres, et là, stop ! Devant nous les bus et les camions sont arrêtés. En fait la route est coupée par un glissement de terrain. Impossible de passer.

Il y a déjà quatre véhicules arrêtés devant nous. Temba va aux nouvelles « (Bull)dozer is coming ». On attend, une heure, deux heures… la pluie reprend, un grondement : le tonnerre ? Non, l’éboulement se poursuit. Jacky sort son jeu de tarot… les heures passent.

Finalement le soleil revient. On pointe le nez dehors. La vue plonge en dessous de nous, jusqu’à rivière 1500 mètres plus bas. Des passagers d’autres bus traversent (en se hâtant) l’éboulement pour reprendre un bus de l’autre côté. Que faire, décharger, passer à pied (avec les joëlettes), c’est assez craignos (il tombe sans arrêt des cailloux plus ou moins gros). Vers midi je discute avec Temba, doit-on faire demi-tour quitte à dormir à Dunche et revenir demain ? Il vaut mieux attendre sur place, car demain matin l’éboulement peut se produire à nouveau, c’est fréquent à cet endroit. D’ailleurs le chauffeur du bus a disparu. Alors on attend.

Vers 13h, il commence à faire faim. Avec Stéphane on décide de prendre nos sacs à dos et d’aller chercher des trucs à grignoter au village en franchissant l’éboulement. Mais comme par magie, le cuisinier surgit (en fait avec toute l’équipe de cuisine, il était dans le bus arrêté juste devant le notre) monte sur le toit de son bus et ramène des paquets de biscuits et un fromage. Qui a un couteau ?

L’attente se poursuit, le soleil tape et il fait chaud. C’est bon signe, ça fait sécher le terrain. IL est 15h quand une rumeur se répand le long de la route « dozer is coming ». C’est vrai un camion apporte une pelle mécanique. Une fois la pelle déchargée, tout le monde la suit en procession pour la voir dégager la route. Le conducteur doit avoir à peine 18 ans, il est accueilli par des hourras quand il passe devant notre bus.

En deux temps trois mouvements les gros rochers sont poussés dans le vide et la terre rapidement tassée : la route est rétablie. Nous avons attendu 6h sur place ! La voie est dégagée, mais il faut patienter encore 10 minutes, le temps de laisser passer tous les véhicules qui montent.

Le chauffeur revient et c’est reparti. Pas pour longtemps. Deux kilomètres plus loin la route (qui n’est pas goudronnée à cet endroit) présente une raide remontée avec de profondes ornières. Le bus qui nous précède s’y reprend à deux fois pour franchir le passage. Notre chauffeur s’arrête à bonne distance de la pente et fait signe à tout le monde de descendre. Il veut alléger le bus au maximum et prendre de l’élan pour franchir l’obstacle.

Première tentative, ca patine arrivé à peine à mi-pente. Raté. Tous freins serrés, le bus repart en luge en marche arrière ! Il faut dire que les pneus ne sont plus de première jeunesse. Alors forcément, ça glisse.

Deuxième tentative : pas mieux, mais cette fois l’aide chauffeur glisse des pierres derrière les roues pour empêcher le bus de repartir en arrière. On met des petits cailloux au fond des ornières devant les roues, et tout le monde pousse. Un mètre de gagné, puis deux, puis ça coince. Damned ! Les ornières sont trop profondes, le bus est posé sur le pont arrière. Changement de tactique. Tout le monde devant, on le pousse en arrière pour le dégager. Mais rien n’y fait, le roues patinent avec une vieille odeur de caoutchouc brûlé. Bloqués !

L’aide chauffeur s’empare du cric et disparait sous le bus pour le soulever. Il est à quatre pattes dans la boue, à placer un cric sous un bus qui risque de glisser en arrière quand il sera dégagé. Pas cool !

Après plusieurs tentatives infructueuses, le bus finit par être dégagé. On remblaie au maximum les ornières avec des pierres plates, on se remet derrière et sur les côtés, et on pousse tous ensemble. Après quelques oscillations inquiétantes, ça passe. Il est temps de remonter en voiture, on est juste crépis de boue des pieds à la tête.

Derrière nous, le camion benne qui nous suit s’élance, patine, et se plante au même endroit ! A chacun son tour !

Le reste de la route défile sans encombre, à 17h arrêt au premier village important rencontré. C’est l’heure du repas (on rattrape celui de midi et on fait le repas du soir en une seule fois). Au menu : Dhal Baht « local », c’est-à-dire qui arrache. Vite du riz !

Le soir tombe, on repart, la vue est superbe avec ce ciel nuageux et le vert tendre des rizières. Il fait de plus en plus chaud, la fatigue se fait sentir, dans le bus on somnole. Nico, Solène, Yann et Morgane, montés sur le toit, hurlent des « Namasté » à tous les népalais que l’on croise.

Cette fois il fait complètement nuit, nous avons rejoint la route Pokhara – Katmandou, la circulation est intense (camions, bus, mini-bus) et ça coince dans la montée vers le col : accident, panne ? On reste arrêtés un bon quart d’heure.

Le col est passé, on descend sur Kamtandou, « Ring road » est vide à cette heure-ci (il est 22h). Quand soudain : pffff ! Crevaison ! Pas de doute, on entend distinctement un sifflement s’échapper la roue avant gauche. Arrêt forcé. Un quart d’heure pour changer une roue à la lueur des lampadaires, pas si mal !

La route est maintenant plus étroite, nous ne sommes plus sur « Ring Road » mais sur la route de Nagarkot. Ca monte, ça tourne, on approche.

Arrivés dans Nagarkot, il faut encore trouver le chemin de l’hôtel. Bishal est appelé à l’avant pour guider le chauffeur. A un embranchement, Stéphane dit « à gauche », la route se rétrécit encore. Soudain à 50 mètres des lumières : « C’est là ».

Seul petit problème : dans le dernier virage il manque un gros morceau de macadam. Le bus s’engage, la roue avant plonge dans le trou et le bus manque de renverser ! Changement de tactique : tout le monde descend (enfin ceux qui peuvent).

Il est minuit, nous sommes en route depuis dix-huit heures d’affilée, et je ne m’imagine pas faire navettes sur 50 mètres pour porter toutes les affaires (ainsi que Jean-Lou) jusqu’à l’hôtel. Mais le bus allégé arrive à contourner l’obstacle et se gare devant la porte du « New Dragon ». Ouf !

Les bagages sont déchargés en vitesse, les joëlettes alignées devant l’entrée, et on se répartit un peu en vrac dans les chambres. Ce soir, pas besoin de nous bercer !

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Texte : Denis Flaven et Isabelle Grandclément

Photos : Jean-Lou Ouvrard, Vincent Harre et Denis Flaven

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